André Haraux

Biographie

André Haraux est né le 22 février 1927 à Laon dans l’Aisne. Enfant de l’Assistance publique, il est placé chez une famille d’accueil à Fargniers où il fréquente l’école communale.

En 1940, il a à peine treize ans lorsqu’il est placé dans une ferme avant de se réfugier à Amiens pour fuir l’avancée des troupes allemandes. Puis, tout en poursuivant ses études, il travaille à partir de 1941 sur la ligne de démarcation nord à l’entretien de postes de la Wehrmacht. Là, il fait passer des fugitifs et des armes grâce à sa parfaite connaissance du terrain. Arrêté par les Allemands pour vols de papier, il signe un engagement pour être expédié dans une usine en Bavière. Là, il tente de s’échapper à plusieurs reprises. Il est ensuite interné dans un camp près de Marienplatz, d’où il est renvoyé vers l’usine de Nenaubing. Réformé pour raison de santé, André Haraux rentre en France où il fabrique de faux-papiers. Arrêté de nouveau en juillet 1943, pour le vol d’une machine à écrire et de papiers officiels, il est incarcéré à la prison de Laon, puis à Amiens assigné à des travaux de déblaiement. Le 15 septembre 1943, il s’échappe encore et se réfugie à Tergnier, puis munis de faux-papier il part pour un périple qui le conduira de Clermont-Ferrand, en passant par Vichy et Paris, où il est arrêté Gare du Nord par la Feldgendarmerie. Il profite d’un moment d’inattention de ces gardiens, saute dans un train et se réveille sur la frontière belge. Il part pour Compiègne où il est recueilli par une famille qui le place dans une ferme, fin octobre 1943. En novembre, il tente de retourner à Tergnier, mais sans papier, il arrêté, envoyé à la prison de Saint-Quentin, puis Compiègne et enfin le camp de Royaleu. En janvier 1944, il est déporté dans le camp de concentration de Buchenwald en Allemagne où il devient le Häftling 43952. Puis ce sera Mauthausen près de Linz en Autriche, l’un des plus grands camps de travail forcé de l’Europe occupée, où il rejoint les 85 000 prisonniers. André Haraux survit et sera libéré en mai 1945 par la 3ème armée américaine.

En 1947, il assistera à l’inauguration du monument de Bruneval et au discours du général De Gaulle qui le marquera profondément. Après la guerre, il s’engage dans la marine marchande et parcourt le monde, des Etats-Unis en passant par l’Argentine, le Brésil ou le Liban.

André Haraux s’installe ensuite au Havre et fait carrière dans la compagnie de remorqueurs « Les Abeilles » comme officier mécanicien. Il se marie et devient père de deux enfants.

Il crée en 1971, le Musée Itinérant de la Seconde Guerre mondiale en Normandie. Cette association organise des expositions dédiées à la résistance et à la déportation, ainsi que les commémorations du raid britannique de Bruneval. En 1973, André Haraux lance une souscription pour ériger un nouveau monument à Bruneval, à l’emplacement de celui inauguré par De Gaulle en 1947. Les travaux débutent en 1974 et le monument en forme d’ailes est inauguré en juin 1975. Le site sera complété en 1977 par la construction de l’escalier Charles de Gaulle dans lequel sera scellée une pierre de granit provenant des carrières du camp de concentration de Mauthausen, en hommage aux 200 000 Français morts en déportation.

André Haraux est décoré de la croix de chevalier de la Légion d’honneur, de la croix de chevalier de l’Ordre national du Mérite. Il deviendra également membre honoraire de l’Empire britannique. Il meurt en mai 1991.

Au premier plan, à droite le Major-General John Frost
ses côtés Lord Louis Mountbatten, Amiral de la Flotte. Derrière lui se tient André Haraux. Cette photo doit dater de 1975. Elle a été prise à bord d’un navire de la Royal Navy à Southampton.
Au premier plan, l’Amiral Mountbatten salue Gilbert Renault, le « Colonel Rémy »
Celui-ci dirigeait le réseau de résistance Notre-Dame de Castille. André Haraux tient le micro. Cette photo date du tout début des années soixante-dix. Lieu inconnu.
Le Musée Historique Itinérant
Le Musée Historique Itinérant de la 2ème Guerre Mondiale en Normandie, 1971-2010

Ce Musée Historique itinérant est d’abord une association fondée par André Haraux en 1971. Son objectif est alors de « perpétuer le souvenir de la Résistance, la déportation et les débarquements ». Son siège est domicilié au 10, rue Albert-André Huet, au Havre, au siège de l’A.M.A.C, l’Association Mutuelle des Anciens Combattants. En 1975 il est dirigé par cinq personnes et comprend 450 membres.

Les travaux du monument de Bruneval débutent en 1974
A droite, André Haraux manie la pelle.
Une pause sur le toit de l’ancien bunker allemand
André Haraux est au centre.
La construction de l’escalier Charles De Gaulle en 1976
Il constituera la voie d’accès menant du monument à la plage de Bruneval. Il sera inauguré en 1977.
Les travaux de l’escalier Charles de Gaulle, le long de villa Stella Maris qui domine la plage de Bruneval
En haut de l’escalier qui mène au monument conçu par Gérard Chavigny,
André Haraux et son équipe pose avec dans les mains une pierre provenant de la carrière du camp de concentration de Mathausen, où il fut déporté en 1944.

L’idée de cette association revient à André Haraux : « En me promenant sur la plage de Saint-Jouin Bruneval en 1970, j’avais constaté l’état lamentable du blockaus où le Général avait déposé cette plaque et qui était décelée. Déjà depuis de nombreuses années ce blockaus était devenu une décharge publique où il n’était pas rare de retirer 5 à 6 tonnes de détritus, car ce lieu historique était abandonné depuis de nombreuses années. Avec quelques Camarades Déportés et résistants nous avons donc fondé ce Musée dans l’espoir de rénover ce Monument en souvenir des Troupes Franco Britanniques, la Résistance et son Chef, le Général De Gaulle. Pour ce faire, dans un esprit d’aide mutuelle, nous avons fait alors appel à l’Armée, aux Camarades de travail de la Compagnie de Remorquage « Les Abeilles » du Havre.

L’association collecte alors des documents, des photos, du matériel militaires et des armes pour organiser sa première exposition à Saint-Romain de Colbosc, à une vingtaine de kilomètres du Havre, en 1971. C’est la première d’une longue série qui passera par Etretat, Le Havre ou Oissel près de Rouen. L’association implique les autorités militaires locales dans ses manifestations, notamment le 74ème régiment d’infanterie cantonné au Havre.

André Haraux se rapproche également de Lord Louis Mountbatten, l’ancien commandant en chef des Opérations Combinées qui a organisé l’opération Biting en février 1942 et du général John Frost qui commandait la compagnie de parachutistes à l’époque. Ces deux personnalités, emblématiques du raid de Bruneval, participeront à toutes les grandes commémorations jusqu’à leur mort : 1979 pour Lord Mountbatten, 1994 pour le général Frost.

Témoignage

Témoignage d’André Haraux à son retour de déportation – 1945. Document transmis par Guy Poulain à l’association André Haraux en avril 2012. Il a été retranscrit tel quel, orthographe comprise.

Souvenirs et rapport sur mon activite pendant la guerre

Nous étions en 1941. L’après-midi, je travaillais pour les allemands, à ligne de démarcation de la ligne de Doullens d’Allonville. Mon travail consistait à nettoyer les baraquements, leurs cours. Quand ils nettoyaient leurs armes, fusils, mitrailleurs, révolvers, je les aidais. J’ai très vite appris. Tous les jours, Monsieur JOIRON, accompagné de quelques personnes, m’attendaient à un lieu prévu, dans une vieille baraque sur la route de Doullens. Je me chargeais de les faire passer. Sachant l’heure exacte ainsi que l’endroit où la patrouille passait, j’étais dans un petit bois. Quand l’heure et le moment était propice, je passais avec eux sous les fils de fer barbelés. Ce n’était pas facile, car ils étaient bien rapprochés les uns des autres. En cinq minutes, nous étions de l’autre côté.et sans avoir coupé aucun fil. Pendant cent cinquante mètres, nous marchions à plat ventre, puis nous étions sauvés. Ensuite, nous arrivions dans un autre bois. Nous n’avions plus rien à craindre. Après nous être reposés quelques minutes, nous prenions une petite route qui conduisait à POULAINVILLE, (Somme). Il y avait une petite heure de marche, environ 4 Kms. Quand nous arrivions dans le village, je les conduisais dans un café où il n’avaient plus qu’à prendre le car pour Doullens. Quelques fois, je revenais avec les autres. Quand j’avais une heure ou deux de répi, les deux fils de Monsieur JOIRON (René et Serge), le fils d’un fermier du voisinage nommé PECOURT Jacques venaient me chercher. Nous allions dans les bois environnants. Nous cachions des fusils, des grenades et des détonateurs.

Souvent, nous revenions chargés de balles, de poudre et beaucoup d’autres choses importantes que nous cachions dans des sacs d’herbe.

Souvent, nous revenions chargés de balles, de poudre et beaucoup d’autres choses importantes que nous cachions dans des sacs d’herbe. Ce travail dura presqu’une année. Je ne me fils jamais prendre. L’assistance publique me rappela et me plaça dans une ferme à une trentaine de Kms d’Amiens. J’y suis resté un mois. Puis l’assistance publique de l’Aisne, mon ancien département vint me chercher. Je pris le train d’Amiens à 6 H 30 et arrivais à LAON (Aisne) à 10 heures. Je pris le tramway à une cinquantaine de mètres de la gare avec la dame qui m’accompagnait. Arrivés après un quart d’heures à LAON-VILLE, nous prîmes le chemin de l’Assistance, 20 rue du Cloître. Après m’avoir poser quelques questions, le Directeur m’envoya à l’HTEL DIEU en attendant de me trouver une place. N’étant pas maltraité, mais ayant beaucoup faim, je m’évadais au bout de huit jours. Il était 11 heures. Je montais sur un mur, traversais un toit et sautais dans un chemin qui menait dans un asile. Je dus encore passer sur une assez grande grille qui était fermée. Par une porte donnant sur la route, je partis. J’allais dans un café près de la gare, endroit convenu par un camarade, qui me donna de l’argent pour pouvoir retourner chez moi. Je me rendis chez ma grand-mère à FARGNIERS où je restais quelques jours. Le lundi, je retournais à LAON pour trouver du travail. J’en trouvais non sans mal. Je rencontrais Monsieur BONIFACE qui travaillait dans une caserne à SEMYLLY, pour les allemands (Caserne Foch). Il m’y fit embaucher. Le travail n’était pas très dur. C’était à celui qui en ferait le moins. Tout ce qu’on pouvait leur prendre, on le faisait. Vers la mi-mars, en passant souvent devant les bureaux rexistes belges qui étaient installés à LAON, un camarade me procura une clef. Le soir, je partis avec une grande valise, vers ce bureau et pris tous les papiers intéressants, ainsi qu’une machine à écrire et revins à la caserne. Le soir même la Felgendarmerie venait inspecter toute la caserne car beaucoup de civils y rentraient pour dormir. Je n’eux que le temps de cacher la valise. Quand ils eurent fini leur visite, ils partirent sans avoir rien remarquer d’anormal. Mais, le samedi, vers une heure, en retournant chez moi, un officier allemand me fit ouvrir ma valise. En voyant tout ce qui était à l’intérieur, il téléphona à la Felgendarmerie. De suite, il me fit enfermer dans une cellule de la caserne. Vers l’après-midi du lendemain, une voiture accompagné de deux Felgendarmes virent me chercher. Il pleuvait à torrent. Ils me déposèrent à la prison allemande. Le lundi je fus interrogé. Ils me frappèrent et me donnèrent l’ordre de me mettre au cachot. J’y restais pendant le temps indiqué, avec une couverture sur le dos. Au bout de deux mois, un boche vint me chercher et me conduisit au bureau d’embauche. Un grand jeune homme me reçu. Il parlait assez bien le français. Il me dit que si je ne voulais pas rester en prison, il fallait faire un engagement pour l’Allemagne. Je signais. Je passais la visite chez le docteur et le 17 juillet, je partais pour l’Allemagne. Puis je touchais la prime de 1 000 francs. J’arrivais à MUNICH trois jours après. On changea de train. Des policiers de l’usine nous attendaient. Ils nous conduisirent à NENAUBING. Nous étions logés dans un grand cinéma. Nous travaillons tous pour une grande usine d’aviation (DORNIER WERK MUNCHEN-NENAUBING AUBURG et HAPWERKOTTE). La nourriture était assez abondante, mais chère. Je ne travaillais pas beaucoup. Deux mois après, le Directeur me mit dans une autre usine, à AUBANG. Il fallait travailler avecla Jeunesse Hitlérienne. Tous les matins, il fallait faire de la culture physique et lever la main. Je ne voulais pas le faire, je leur disais que j’étais Français et non Allemand. Le Directeur voyant qu’il n’y avait à faire me remit dans une autre fabrique à HAUFRESTATTE banlieue de Munich. J’y travaillais depuis environ trois mois, je fis la connaissance d’un allemand anti-nasi Monsieur FRAUN 49, rue Donnerbergstrasse Munich 19. Tous les jours, vers 7 heures, j’allais dans leur appartement pour écouter Radio-Londres. La famille l’écoutait en langue allemande ensuite. Au bout du troisième mois, je décidais de m’évader. L’express partait journellement à 7 H et quart. Je m’y dirigeais, et l’occasion venue, je me hissais sous le train. Je me suis mis sur une bogie de wagon. Mais hélas, un allemand m’aperçut et alerta la police de la Reichban. Aussitôt accourus, ils sortirent leur révolver et me sommèrent de descendre si je (ne) voulais pas être tué. Je me suis décidé cinq minutes après. Le train avait à peu près un quart d’heure de retard. J’étais tout noir. Ils commencèrent par me frapper. Deux choups vinrent me chercher et me déposèrent au presidium Polizi. On m’interrogea. Ils téléphonèrent à l’usine de venir me chercher. Vers neuf heures, un Kilf-Polizi m’enmena à l’usine. Le Directeur me fit un sermon, puis me relacha. Je travaillais pendant deux jours, puis de nouveau, je tentais ma chance, par le même train. Au moment où il démarra, je sautais dans un wagon. Il était fermé, étant peut être réservé pour d’autres voyageurs. A cet instant, un policier, qui examinait les papiers, me vit et m’arrêta. Il me passa les menottes. Il interpella d’autres policiers. Ils m’enfermèrent dans un compartiment. Trois hommes rentrèrent. Ils commencèrent par me battre et m’interrogèrent sur les faits. Quand le train rentra dans la gare d’AUGSBOURG on nous fit lever, car nous étions trois dans le même cas. Vers huit heures, on reprit un autre train en direction de MUNICH.

Le temps me sembla long malgré que les policiers nous avaient permis de fumer. A MUNICH, une voiture cellulaire nous attendait. Elle nous conduisit de nouveau au présidium-polizi. Le batonnage recommença. Ils me photographièrent et prirent mes empreintes digitales ainsi que mon signalement. Le lendemain, je fus conduit à la Gestapo, près de MARIENPLATZ. Au bout de quelques instants, un soldat vint me chercher et m’emmena dans un bureau. En entrant, je fus stupéfait, croyant trouver un SS. C’était une jeune fille d’environ une vingtaine d’année, très grande et mince. Je dois dire qu’elle était jolie. Ayant laisser ma casquette sur la tête, elle me dit d’un ton sévère : « Vous ne pouvez pas enlever votre coiffe, quand vous rentre quelque part, espèce de sale français ». Elle parlait notre langue comme moi, mais avec un léger accent. Elle m’offrit une chaise. Je m’asseyais sans la remercier. Elle me tendit un paquet de cigarettes en me disant : « tenez, prenez en une ». Je refusais également d’un ton ferme quoique n’ayant pas fumé depuis quelques jours. Elle commença à m’interroger. « Donnez moi votre nom, prénom, parents et métier ». Je déclinai tout ce que j’avais à dire. « Alors cela fait la 2ème fois que vous cherchez à vous évader. « Je répondis oui. Elle se mit en colère. »Vous êtes contre les Allemands, ne niez pas car notre police a déjà pris des renseignements sur votre compte. Et en effet, elle me mit au courant de certains faits. « Sachez que se sont les Allemands qui sont les maîtres, vous n’avez qu’à vous soumettre, ou alors prenez garde car nous serons impitoyables envers vous ». Cet interrogatoire dura presque une heure et demie. Vers six heures du soir, une voiture cellulaire vint me chercher. Nous étions une quinzaine de toutes nationalités.

Quand elle eut fait une vingtaine de kilomètres, elle s’arrêta. J’entendis un grincement de porte. Nous étions dans un arbet-lager. Le camp se composait d’une douzaine de baraques. Il était entouré de fil de fer barbelé et à une distance de trente mètres un mirador était installé avec un fusil mitrailleur ainsi qu’un gros phare électrique et un S.S..

Des Untercharpfurers nous firent entrer dans une salle assez vaste qui servait de réfectoire et de cuisine. Des prisonniers allemands nous donnèrent une gamelle et une cuillère. Une heure après les anciens détenus rentrèrent cinq par cinq, car c’était l’heure de la soupe. Un SS monté sur un escabeau comptait les hommes. Il avait une matraque et lorsque une tête ne lui revenait pas, c’était une victime. Ils rentrèrent dans la pièce où nous étions et s’asseyèrent. Au bout d’un certain laps de temps écoulé, on nous fit mettre debout avec notre gamelle dans la main droite. Nous passions un par un à un guichet, en recevait un litre de rutabaga et un quart de pain. C’était tout ce que nous devions revevoir jusqu’au lendemain soir. Quand notre maigre pitance fut avalée, il fallait ressortir un par un. N’avançant pas assez vite, je reçu un coup de « goura ». C’était l’appel. J’entendis crier « Entriten, Entriten funf zu funf » ‘cinq par cinq’.

Un soldat nous compta et alla faire son rapport à un officier.

Un soldat nous compta et alla faire son rapport à un officier. L’appel était terminé, ce fut l’exercice. Il fallait courir, se mettre à plat ventre dans la boue, et au coup de sifflet, se relever. A huit heures, ce fut le coucher. Trois lits superposés, une paillasse à moitié vide, et deux couvertures. Aneuf heures l’extinction des feux commença. Un français qui dormait près de moi me raconta les événements passés depuis quelques semaines. Nous étions six français dans ce bloc depuis deux semaines. Nous avions décidé de nous évader. Ayant remarqué les SS qui fermaient les battants des fenêtres avec une grande barre de fer, nous commençames notre travail le lendemain. La nuit était venue. Avec l’aide de notre cuillère, nous avions commencé par gratter notre volet de manière à passer notre main. Quand celui-ci fut fini, ce fut l’autre. Au bout d’une heure les deux trous étaient finis. Ayant passé un fil de fer dans chaque trou, on l’a passé autour de la perche, noué, et en les tirant doucement, nous laissions tomber la perche. Les persiennes étaient ouvertes. Le plus grave restait à faire. Il fallait sortir. Un camarade se dévoua et alla couper les fils. Nous passions par la fenêtre et nous rampâmes jusqu’au bout. Une ronde passa. Nous fûmes repérés par les chiens qui aboyèrent. Deux SS coururent et nous nous jetions sur eux. La sentinelle du mirador ayant braqué son phare sur nous, vit la scène. Un SS tira un coup de récolver sur un camarade qui fut tué sur le coup. Toute la compagnie alertée accourt. Ils nous attrapèrent tous. Ils nous mirent dans une cave dans laquelle il y avait 40 cm d’eau. Nous y restâmes jusqu’à dix heures du matin. Quand ils nous firent sortir, trois étaient morts. L’autre partit dans un autre camp, il n’y a que moi qui reste. Puis je m’endormis. Tout le temps que j’y suis resté ce fut la même chose. Au bout d’un mois et cinq jours, une voiture vint me chercher et me conduisit à la Gestapo. Un officier me fit signer ma feuille de sortie. Il me recommanda de ne pas souffler un mot de ce qui se passait dans le camp et me redonna une feuille à signer. Je fus libéré à dix heures du matin. Je retournai à la direction de l’usine de NENAUBING. Le directeur me fit de nombreuses observations. Le lendemain matin, je fis prévenir l’usine que je ne pouvais aller travailler car j’étais malade. On m’envoya à l’Arbeitsam de Passing pour passer la visite du docteur. Le médecin fut très aimable/ Je lui expliquai mon cas, et il me réforma. Je le quittai en le remerciant. Je présente les papiers au directeur qui devient furieux. Il m’insulta de toutes les manières. Maintenant, je me fichais pas mal de tout ce qu’il disait. Le soir même j’allais rendre visite à la famille allemande où j’allais écouter la radio et leur expliquais ce qui m’était arrivé. Ils n’étaient pas contents et juraient contre Hitler. Le lendemain, j’allais prévenir un petit kommando de prisonniers français de faire des lettres car j’allais partir. Cinq jours plus tard, je partais avec une quarantaine de lettres et quelques vivres pour le voyage. En montant dans un wagon, je pensais au dernier mois écoulé, quand tout à coup on me demanda mes papiers. A ma grande stupéfaction, je reconnus celui qui m’avait déjà arrêté. Il me regarda et me dit : « Alors, on est en règle aujourd’hui ». On roula toute la nuit. Quand Stuttgart fut passé, ce fut La Chapelle, la frontière. Des douaniers visèrent notre laissez-passer dans le train. On ne nous visita presque pas. Je fus très satisfait, car si j’avais été pris avec les lettres, j’aurais pu retourner dans un autre camp. Le train partit et je commençais à respirer. Je voyais les poteaux télégraphiques défiler. Le prochain arrêt fut NANCY puis DIJON puis PARIS. Aussitôt arrivé, je collais des timbres sur les enveloppes et les mettais à la boite. M’étant renseigné pour la direction et l’heure à laquelle le train partait pour TERGNIER j’allais prendre un verre dans un café. Je pris le train vers onze heures. Les villes défilaient devant mes yeux, puis ce fut Compiègne, Noyon, Chauny et Tergnier. Je suis arrivé chez moi vers trois heures et demie. Je retrouvais ma mère adoptive en bonne santé quoique vieillie. Je l’embrassais d’un bon cœur car il y avait longtemps que je ne l’avais pas revue. Je me reposais quelques jours avant de chercher du travail. Dans le courant du mois de mai, je fis la connaissance de Monsieur LOUIS, tenancier d’un café, bureau de tabac de VAUX-SOUS-LAON. Il allait ouvrir in Wermat-Hotel. Il m’engagea. Mon travail consistait à casser du bois, soutirer le vin et tout ce qu’on peut faire dans un hôtel. Quelques temps après, je fus gardien de nuit. Le matin, il fallait réveiller tous les allemands qui prenaient le train. La plupart du temps, ils se réveillaient eux-mêmes car j’oubliais souvent de remonter la sonnerie de mon réveil. A chaque fois, c’était des disputes. Une fois, ils me mit à la porte mais me reprit le lendemain. De temps en temps je lui prenais quelques bouteilles de vin, car les boches payaient assez cher et je pouvais me payer cela. Mais il le sut et me renvoya. Pendant le mois de juin, j’avais été prendre une machine à écrire et les papiers au bureau d’embauche pour l’Allemagne de Tergnier. A Laon, les timbres de caoutchouc du docteur allemand et de la Felkommandantur. Tout était chez moi. J’ai fait des tracts sur LAVAL, PETAIN et HITLER. Je suis allé à FLAVY LE MARTEL. Je les ai montrés à M. et Mme DUPUIS qui m’encouragèrent. Je revins chez moi le soir. Le lendemain matin, (7 juillet 1943, me dirigeant vers la gare, je passais près de l’hôtel lorsque je fus interpellé par Monsieur LOUIS. Il me demanda si j’avais encore certains faux papiers. Je lui répondis que non. Il me dit de le suivre à la BANNOF-POLIZEI. En arrivant à la sortie du tramway ternois, je me sauvais à toutes jambes. Il me suivit. Mais deux inspecteurs de la police régionale de cette ville qui étaient tout près firent la même chose que M.LOUIS. Il tomba en glissant sur le rail. Les deux policiers m’attrapèrent et me conduisirent accompagné de M.LOUIS à la Bannof Officier. Quand ils eurent fini de me fouiller, ils ordonnèrent à la police de me conduire au commissariat jusqu’à l’arrivée de la Felgendarmerie. M.LOUIS les conseilla de venir perquisitionner chez moi. Je montais dans la voiture personnelle de M.LOUIS ainsi que deux inspecteurs. Ils arrivèrent chez moi et me demandèrent de leur remettre un révolver. Je leur répondis négativement. Ils fouillèrent partout et trouvèrent ma serviette remplie de papiers allemands. Monsieur LOUIS dit à ma grand-mère de m’embrasser, car je ne la reverrais pas avant longtemps. On retourna au commissariat. Je montais au premier étage. On me fit entrer dans une pièce dans laquelle le commissaire était avec les autres. Monsieur LOUIS vint porter quelques bouteilles de vin et verres. Il leur dit de me questionner à fond car je devais en savoir long. Ils enlevèrent tous les papiers que ma serviette contenait. Ils me demandèrent la provenance. Je leur répondis également non. Ils me montrèrent des photographies retirées d’un fichier, je leur répondis que je n’en connaissais aucune. Mon inspecteur trouva des papiers carbones qu’il déchiffra minutieusement. Ils virent que c’était un tract. Ils me demandèrent qui avait fait cela, je leur répondis que c’était moi et ne voulurent pas me croire. Ils me frappèrent et me mirent un quart d’heure sur une règle. Mais je n’avouais rien. Ensuite, je leur racontais une histoire de déraillement fait à Villers-Bretonneux fait par moi et par d’autres. Je donnais de faux noms. Ils téléphonèrent pour obtenir des renseignements. Ils n’obtinrent rien. Si cela avait été véridique, ça aurait été certainement une accusation en plus pour les allemands. La Felgendarmerie arriva vers dix heures. La police donna tous les papiers. Ils m’emmenèrent à la gare et je pris le train. Arrivé à Saint-Quentin, deux hommes de la Gestapo en uniforme m’attendaient. Ils me mirent les menottes et dans le sous-sol de la gare, me donnèrent une paire de giffles. Ayant monté dans leur voiture, ils me déposèrent à la prison. Ils m’enlevèrent les menottes et je reçus une volée de coups de poings par le nommé Hermann, le sous-officier de la prison et ainsi que la gestapiste. C’était le 7 juillet 1943. J’étais seul dans la cellule.

Le lendemain, on m’amena un camarade nommé CAMUS Pierre, de Compiègne, arrêté pour parachutage.

Le lendemain, on m’amena un camarade nommé CAMUS Pierre, de Compiègne, arrêté pour parachutage. Le même jour, je fus interrogé à la Gestapo. Je suis resté presqu’une heure au poste de garde. Je reconnus un camarade et je voulus lui parler. Un garde m’aperçut, s’élança sur moi et d’un coup de poing à la machoire me fit rouler par terre. Je me suis relevé et il m’a montré les mitraillettes qui étaient sur la table. Un peu plus tard, on me fit monter dans un bureau qui se trouvait au premier étage. Un capitaine était en train de regarder mon dossier, car je reconnus des papiers m’appartenant. M’ayant bien dévisagé, il me dit : « Vous avez été en Allemagne, vous vous êtes évadés deux fois, vous avez été en prison à Laon pour vol de papiers allemands, d’une machine à écrire et avoir falcifié des papiers. Vous avez signé un engagement pour l’Allemagne, à Laon, Tergnier, Saint-Quentin, après avoir touché trois mille francs, vous n’êtes pas parti. Maintenant vous êtes accusé de nouveau d’un vol d’une machine à écrire, de papiers, des timbres appartenant à l’arbeistelle de Tergnier. Vous faites des sabotages, les véritables papiers allemands allaient certainement vous servir à faire venir des réfractaires d’Allemagne. Vous savez que je peux vous faire fusiller. Si vous dénoncez vos amis vous serez libres ». Je répondis que j’étais trop jeune pour faire de la politique. Je reçus des coups de cravache, des coups de pied et de poings. L’interrogatoire a duré une heure et demie. Ils me reconduisirent à la prison. Quelques allemands me frappèrent. Hermann, un de la Gestapo et trois autres jouèrent avec moi à la balle, m’ayant à moitié estinté ils me remirent en cellule. Je me couchai par terre. J’étais comme une loque. Le 11 juillet 1943 on prit le train pour laon accompagné chacun par un Felgendarme. Nous étions sept. A Laon, un camion nous attendait. Nous sommes arrivés à la prison, rue de la Congrégation. Vers midi, il nous fallut déclarer nos nom, prénom et ce fut la fouille. Ils nous prirent tout ce que nous avions dans nos poches et on nous sépara. Un gardien me conduisit dans la cellule 4. C’était une grande chambre. Nous étions une trentaine. Je racontais mon histoire, mais non véritable, de peur qu’il y ai eu un mouchard dans la chambre, car les allemands étaient habitués à ces prévoyances. Les deux jours ont passé assez vite. Le 14 juillet, un jeudi, les gardiens nous réveillèrent à 4 heures du matin et à 6 heures nous sommes partis pour Amiens. Nous étions une vingtaine. Les Felgendarmes nous permirent de fumer. Nous sommes arrivés à la gare du Nord d’Amiens vers 9 H. Le temps était merveilleux. Nous nous sommes rendus à la prison route d’Albert. Ce fut comme toutes les autres prisons, sauf que nous étions gardés par des français sous les ordres de la Gestapo. Nous étions 6 par cellule. Nous avions chacun une couverture et une paillasse. Ni le jour, ni la nuit, il ne fallait pas penser à dormir, car nous étions remplis de vermine. Dans la journée, on tuait environ 200 poux et une centaine de puces chacun. C’était à en devenir fou. Le lendemain, un officier me fit appeler à son bureau. Il me demanda si je voulais travailler au déblaiement. J’ai accepté tout de suite. Le 16 juillet, le travail commença. Nous étions une trentaine, en rang par trois. Nous étions gardés par deux civils, armés d’un fusil lèbel. Nous travaillons près du stade amiénnois, longeant la route de Paris. Au bout d’un mois et demi, je conçu un plan. Le 15 septembre 1943, je me suis évadé. Les gardes n’avaient pas pu me voir. Ils jouaient aux cartes. Je suis passé derrière le terrain de football, j’étais en plein champs. Ayant parcouru quelques kilomètres dans les rues, je tombais au dépôt. J’y entrais et je me suis renseigné auprès de quelques mécaniciens, pour savoir s’il y avait une locomotive en partence pour Tergnier. On me dit d’attendre un peu car la ligne venait d’être bombardée. Il était Huit heures trente quand nous sommes partis. Le temps me sembla pas long car je regardais le mécanicien et le chauffeur et nous parlions ensemble. Je revins me coucher chez moi mais j’eus un grand soin de prendre un bain et de changer de linge car j’en avais terriblement besoin. J’ai dormi tranquillement car je savais très bien qu’ils n’auraient pas venus me chercher ici, ayant donné une fausse adresse à des camarades. La Gestapo et la police française me cherchaient mais ils avaient été roulées. Le lendemain, je partis chez Mme CABOT 14, rue Pierre Curie. C’était une brave dame, elle s’occupait du secours national ainsi que du ravitaillement de la prison de Saint-Quentin. Je lui expliquai mon cas. Elle me conduisit chez M.WANDREBET Jean qui me fit une carte d’identité, il me fournit de l’argent et tous les renseignements. En arrivant à la gare de CLERMONT-FERRAND, après avoir présenté ma carte d’identité, la police me remit un permis de circulation valable pour 7 jours, car il se faisait encore très tôt. Je me rendis au buffet de la gare, prit place et demanda un café. N’ayant remarqué aucune servante avec un poisson bijou sur la poitrine, je demandais à une autre l’adresse de cette dame dont je ne me rappelle plus le nom. Ayant obtenu le renseignement voulu, je payais ma consommation et partis. Je pris un tramway en face la gare et après m’être renseigné, je tombai sur une place du marché. J’étais au numéro exact de la rue. Cette dame habitait au premier étage. Je frappais et quelques minutes de plus, j’étais en sa présence. Je lui dit bonjour et beau temps pour la pêche. C’était le mot de passe. Elle me fit entrer et me demanda de la part de qui je venais « De Monsieur VANDERBET de Saint-Quentin ». Elle dit qu’elle était fortement surveillée et elle me conseilla de retourner à Saint-Quentin. N’ayant presque plus d’argent pour mon voyage, j’entrai dans un garage en disant : « Service Allemand ». on m’introduisit dans un bureau. Le patron était assis. Je lui demandais s’il ne voulait pas me prêter une machine à écrire pour rédiger une note. Je pris un ordre de route dérobé à la WERBSTALLE de Tergnier que j’avais eu soin d’emporter avec moi. J’y tapais mon nom, prénom, date de naissance, date du jour, gare destinataire, via-Paris Gare du Nord, valable pour le retour, car ce n’était pas un timbre de CLERMOND-FERRAND. Je fis une signature illisible et partis à la gare. J’entrais dans un bureau de la REICHBAN, présentais mon papier en leur demandant d’inscrire le n° de mon wagon. Tout le nécessaire fut fait par un officier de ce service, sans moindre soupçon. On me donna un bon pour manger à leur cantine. Le train se formant dans cette gare, un quart d’heure avant le départ, je pris place dans mon compartiment qui était des 2èmes classes réservées pour les Allemands. J’étais avec un sous-lieutenant et trois sous-officiers. Il partit à 10 heures. A Vichy, la feldgendarmerie me demanda mes papiers, ainsi qu’aux autres occupants, quand ce fut fini, je sortis pour prendre l’air. Un milicien français m’interpella pour demander mes papiers. Puis je retournais prendre place. Le train partit. Il était midi et demi. Le sous-lieutenant allemand m’invita à déjeuner au wagon-restaurant. Pendant tout le trajet, nous avons parlé ensemble, sur Paris, et d’autres villes. Nous sommes arrivés très tard dans l’après-midi à Paris (Gare d’Austerlitz). Nous nous quittames et pris le métro pour la gare du Nord. Je m’initiais en regardant les poteaux indicateurs. Dans la gare même, je fus de nouveau arrêté par deux hommes. Ils m’emmenère dans un grand bureau de la Feldgendarmerie. Ils prirent ma carte d’identité. Je leur demandais d’aller chercher mes bagages, de crainte qu’ils soient volés. Je partis seul, et, arrivé en bas, je me sauvais par l’entrée en présentant une carte allemande quelconque, puis j’allais me réfugier dans un cinéma qui était tout près. J’en suis ressorti à neuf heures et demie, car je devais essayer de reprendre un autre train pour Tergnier. Je suis arrivé dans le train avec précaution, mais je ne fus pas dérangé. Etant très fatigué, on me réveilla à la frontière belge, FEIGNIES. J’interpellais un agent de chemin de fer et lui demandais des renseignements. J’obtins ce que je voulais savoir. Mais j’étais quand même dans de beaux draps. J’allais me cacher derrière une haie en attendant le train de Bruxelles venant de sens inverse. Il arriva vers cinq heures. Je le pris et descendais à Saint-Quentin. Je retournais chez madame CABOT et lui expliquai la situation telle que. Elle alla trouver Monsieur VANDREBECK. Le soir, il vint me chercher et me conduisit chez Madame DORE, 73, rue Raspail. J’y restai quelques jours. Puis, un beau matin, je partis prendre le train de VELU en direction de HAM. J’y suis resté très peu de temps. Je pris la correspondance pour Tergnier puis pour Compiègne. Je me rendis aux ateliers de construction où je demandais Monsieur CAMUS., chef de Personnel. Il apparut presqu’aussitôt. Je le mis au courant de ma situation. Il demanda au directeur la permission de s’absenter puis il me conduisit chez lui. Il avait 4 enfants, dont un arrêté était avec moi à la prison de Saint-Quentin. Ils furent tous très aimables. Je suis resté dans cette habitation hospitalière trois jours. Je partis un dimanche vers sept heures en bycyclette dans un petit village dont je ne me rappelle plus le nom. Les gens qui me recueillirent étaient très gentils. Ils m’ont placé dans une ferme non loin de chez eux. J’y suis resté quelques semaines. En voyant la gendarmerie souvent dans le village, je suis parti. Je retournai à Amiens, chez Monsieur JOIRON et Monsieur PECOURT, de bons camarades. J’y restais trois jours, puis repartis à Tergnier. Tout le temps que j’y suis resté, c'est-à-dire un mois, l’on ne me fit rien du tout et l’on me laissa tranquille. Il me restait encore des tracts. Nous étions vers la fin du mois d’octobre. Je retournais à FLAVY LE MARTEL. Comme j’allais dire bonjour au facteur, Monsieur FONTAINE, habitant rue du Cimetière, sa fille me dit que son fiancé était en Allemagne et me demanda si je ne pouvais rien faire pour lui. Je luis conseillais donc de faire une demande de procuration du maire qui était à cette époque Monsieur DUPONT. Elle l’obtint quelques jours après. Je devais à mon tour faire un certificat en allemand, demandant à la fabrique de bien vouloir laisser partir cet ouvrier pour se marier. Il serait donc revenu, puis partis au maquis. Dans l’après-midi je suis allé voir Monsieur JOLICLER également de FLAVY-LE-MARTEL. Nous étions le 11 novembre 1943. Je lui demandais de me prêter des fausses clés lui donnant naturellement la raison. Il m’en donna environ une quarantaine. J’allais à Laon chercher des armes en face la gare dans un bureau allemand que j’avais remarqué.

Je pris le train à FLAVY-LE-MARTEL, pour TERGNIER.

Je pris le train à FLAVY-LE-MARTEL, pour TERGNIER. J’arrivais à 9 heures. Il n’y avait plus de train pour LAON. Je partis dans la cabine n°2. Je demandais à l’aiguilleur s’il n’y avait plus rien. Il me dit qu’il attendait une machine IIAULPIED. J’attendis. Mais à 11 H et ½ rien n’était encore arrivé. A minuit et deux minutes exactement, un garde de la Reichbann arriva. Il me demanda mes papiers. Je n’en avais malheureusement pas. Il repartit aviser son camarade qui était en bas. Pendant ce court laps de temps, je pus me débarrasser de mon trousseau de clés et des papiers compromettants. Il revint et me conseilla de le suivre. Je ne puis pas m’évader car ils étaient deux. Ils me firent rentrer au poste de la Bannof Offizier. On m’enferma dans une petite prison. Le lendemain matin, vers dix heures, deux officiers vinrent me chercher pour aller à Saint-Quentin. En route, l’un me dit que ce soir, je serais de retour. Heureusement que je les connaissais, car j’ai attendu deux ans et demi de nouveau à Saint-Quentin. Ce furent les deux mêmes que la fois précédentes qui vinrent me chercher, et cette fois-ci, ce ne fut pas amusant. Car, en route, je reçus quelques coups de cravache. Arrivé à la prison, un des deux prit un seau d’eau et me le jeta en pleine figure. L’autre m’administra une paire de gifles. Puis l’on me mit de nouveau en cellule. Le surlendemain, le 13 novembre, je fus interrogé. On commença par me demander pour quelle raison m’étais-je évadé. Je leur répondis qu’il y avait trop de puces et de poux. Ensuite on me demanda ce que je faisais dans la cabine d’aiguillage. Je leur répondis que, m’étant évadé, je partais à Laon pour chercher du travail. Ensuite, il me donna un porte-plume et me dicta des chiffres « 1214 » et d’autres dont je ne me rappelle plus. Il prit la feuille et compara avec la sienne. Il me dit « Pourquoi avez-vous marqué le n° de ces trains. Je leur répondis que s’ils savaient bien comparer les chiffres de sa feuille envers la mienne qu’il savait bien que ce n’était pas moi qui l’avait fait. Il se leva et me donna quelques coups de poings, en me traitant de sale graine de Français. Il appela un caporal et me fit reconduire à la prison. Depuis cette date, en me laissa tranquille, sauf une fois où l’on vint pour me photographier. En cellule, j’étais avec un camarade d’Hirson. On passait notre temps comme nous pouvions. Nous avions fait un jeu de dames sur la table et dans la journée on faisait une centaine de parties, et le soir nous essayons d’attraper une souris qui sortait du fond de notre cabane. Ou bien, on lisait un peu, mais nous nous embêtions quand même un peu. Enfin, Noël et le Jour de l’An arrivèrent, ce fut un très bon repas, 1 paquet de cigarettes, un quart de vin et deux doigts de chocolat fourré, puis ensuite, ce fut comme les autres jours. Le 7 juillet 1943, il se fit un grand tapage. L’on vint me prévenir que je devais faire mes bagages, car, le lendemain, je devais partir pour Compiègne. Cette nuit là fut atroce, car je n’en dormis pas. J’étais seul à partir de ma cellule. Je me demandais ce qui allait m’arriver. J’étais anxieux et énervé. Le lendemain, on vint nous ouvrir, on nous rangea dans la grande salle. Nous étions environ 200. Les camions de la Gestapo arrivèrent. L’on nous fit monter, une trentaine par camion, gardés par trois Feldgendarmes et l’on partit en direction de la gare. On nous mit à 80 dedans, aux fenêtres des planches étaient posés, de manière que nous ne voyons pas grand-chose. L’on commença par faire des lettres en vitesse. Quand le train partit, en arrivant à Essigny-le-Grand, nous avions jetés les lettres. Je reconnus un cheminot qui travaillait à la gare. Je lui criais d’aller dire à ma grand-mère que je partais pour Compiègne. Il était environ 11 heures.1/2 quand nous sommes partis de la gare. A Noyon, nous nous sommes arrêtés car le train devait faire des manœuvres. Nous chantions jusqu’à la Marseillaise. Mais les Allemands nous menacèrent et ce fut fini. Après, le train repartit. Ayant fait une dizaine de kilomètres, l’on entendit des coups de fusil et de mitraillette. Le train s’arrêta. Les Allemands se demandèrent ce qui arrivait. Puis on n’entendit plus rien. Vingt minutes après, le train repartit, nous sommes arrivés à Compiègne vers 6 H, il faisait noir, l’on nous ouvrit les portes des wagons, nous attendiment. On nous fit descendre à coups de matraque et à coup de poings pour nous faire monter aussi vite dans des camions. Puis nous sommes partis pour le camp de ROYALIEU. Etant arrivé dans ce maudit camp, l’on nous fit descendre et l’on nous dit de nous placer cinq par cinq pour nous compter. Nous étions éclairés par de gros phares, on nous conduisit dans le bâtiment des arrivants. Le lendemain les gardiens sont venus faire l’appel. Puis l’on me conduisit au bâtiment 5 chambre 7 avec plusieurs camarades de BOHAIN. A midi, on nous apporta de la soupe, de l’eau chaude avec quelques feuilles de choux et des rutabagas. Nous pouvions nous promener toute la journée et derrière des miradors munis de mitraillette et de gros phares. IL y avait une chapelle. Nous pouvions y aller quand bon nous semblait. Nous avions deux appels par jour à 8 heures et à 9 heures. Déjà quelques convois étaient partis pour une destination inconnue. Puis le 24 janvier 1944 ce fut notre tour. Vers 10 H l’on fit rassembler tout le camp. C’était la liste, mon nom figurait. Alors il fallait faire ses préparatifs. On nous distribua une carte postale par homme. Tout était imprimé. Nous n’avions qu’à mettre l’adresse. Puis l’on toucha un colis de la Croix-Rouge et des vêtements. Le soir, pas un prisonnier de la chambre ne se coucha. Vu le départ la lumière resta allumée très tard. Nous avons tous chanté. L’on termina par la Marseillaise. Mais ce fut une drôle d’histoire car les boches nous avaient entendus. L’on nous prévint qu’il fallait cesser. Ce fut tout. Le restant de la nuit fut calme. Le réveil sonna. C’était notre dernière journée. Le café arriva et nous commencions à déjeuner. Ensuite il fallait faire ses bagages. Ensuite, ce fut l’appel nominal. Puis la distribution des vivres qui se composaient uniquement d’une boule de pain et d’un morceau de saucisson. Le commandant du camp nous fit un discours. Puis ce fut la fouille. On nous fit ranger par cinq. Ce fut le départ. A la porte d’entrée, l’on nous compta encore une fois. Tous les 2 mètres, un soldat allemand armé de fusil et baillonnette nous surveillaient on partait pour la gare. La route à parcourir était environ de quatre kilomètres. Toute la ville était rassemblée sur les trottoirs. Beaucoup pleuraient. Etant arrivé, on nous fit monter dans les wagons de 120 à 150 hommes dans chaque wagon. Trois bottes de paille et deux cuvées pour faire nos besoins. Puis un SS monta et dit aux Français « vous partez pour l’Allemagne, si vous cherchez à vous évader, nous prendrons des sanctions ». Puis l’on ferma les portes avec du gros fil de fer. Dans notre wagon, il n’y avait qu’une fenêtre d’ouverte et nous étions 120. Vers 10 H 30 du matin, le train qui nous rapprochait de la mort de plus en plus partit. Quand nous sommes arrivé à Soissons, quelques uns étaient déjà évanouis. Ce fut terrible. Le saucisson puait, il fallut le jeter si nous ne voulions pas être asphixiés complétement. Tellement il faisait chaud, le plafond était rempli de sueur qui tombait goutte à goutte. Nous avions soif. Un camarade devint fou. Un autre perdit la parole. Le cerveau commençait à travailler. Nous mangions des oignons, du dentifrice, cinq minutes après nous avions notre bouche pâteuse. Il fallut arriver à un résultat, boire notre urine. Ce n’était naturellement pas bon, mais cela apaisait notre soif. Il fallut nous dévêtir, car nous avions chaud. Nous étions énervés, pour un rien on se disputait. Quelques uns étaient allongés, agonisant. Arrivé à la frontière, les S.S. ouvrirent les portes, ils nous firent ranger dans une moitié de wagon. Il fallait enlever ses chaussures et les jeter par terre. Ensuite avec une couverture, il fallait les ramasser pour les mettre dans un autre wagon. Ce fut tous les morts que l’on mit dans un wagon. On nous fit descendre. On nous donna une gamelle. Des SS nous donnèrent ½ litre de soupe à l’orge perle(..) mais salée, incroyable. J’avais avec moi deux bidons militaires. J’en remplis un, puis comme le second était presque plein, je reçu un coup de matraque et un coup de crosse de fusil. Je me sauvais dans mon wagon avec mes deux bidons. On commença par servir les malades. Quand tout fut fini, on referma les wagons et ce fut le chemin de BUCHENWALD. Nous sommes arrivés à VEIMAR le 29 janvier vers huit heures du soir. On entendait les SS parler. On entendit les hurlements de mort dans les autres wagons, des gémissements. Je suis sûr que les civils qui étaient dans la gare entendaient cela. Il était à peu près neuf heures et demie quand le train partit pour BUCHENWALD. Nous sommes arrivés à la gare du camp à 10 H 30. Les SS ouvrirent les portes et ce fut la descente. Nous étions pieds nus. Nous gelions. Les SS nous frappèrent de coups de matraque et coups de crosse de fusil. J’ai vu un chien se lancer sur un camarade, il lui enleva toute la fesse. Nous sommes arrivés au camp même à 11 heures. De gros phares électriques qui étaient installés au-dessus de la porte de l’entrée nous éclairaient. Des Lagerchutz nous guidaient. Nous arrivions aux douches. On nous fit déshabiller. Il fallait ranger ses habits en ordre, les étaler sur la table. Des détenus les rangeaient dans un sac en papier. L’on nous prit notre portefeuille et nos bijoux que l’on mit dans un sachet. On nous mi le n° de notre vestiaire autour du cou. Ensuite ce fut chez les coiffeurs. Ils nous rasèrent tout le corps ainsi que la tête avec des tondeuses électriques, puis ce fut la désinfection. Un grand bassin en gré avec un liquide désinfectant au grésil. Il fallait plonger, sans ouvrir ses yeux et remonter. Puis ce fut les douches. Quand ce fut fait on nous dirigea sur l’infectham. Je dois dire que le travail à la chaine était très bien organisé. On nous donna une chemise rayée, le caleçon également, qu’il fallait mettre très vite, puis un pantalon, une veste et un vieux béret, une paire de chaussettes et une paire de claquettes en bois. Quand nous eumes enfiler tous ces vêtements, ils nous firent passer aux n°. On donna notre nom. Ils prirent celui que nous avions autour du cou et nous en donnèrent un autre. J’avais le n° 43 952. Quand toutes les déclarations furent finies, un Lagerchutz muni d’une assez grosse lampe électrique nous conduisit au BLOCK 61. Nous étions une vingtaine. Mais déjà d’autres copains y étaient. Les surveillants de ce block étaient des Russes et des Polonais. Ils nous couchèrent à quatre dans un lit. Ce n’était pas merveilleux car il y avait des puces. Il était vers 3 heures quand nous sommes arrivés. Nous avions dormi environ 4 heures. Vers 7 heures, on nous cria : « Levez-vous ». Les coups de poing commencèrent à se faire sentir. Ils nous firent sortir. Le chef de block, un allemand qui était ici depuis dix ans détenu comme nous, demanda un interprète. Il s’en présenta un. D’ailleurs ce bon camarade mourut quelques semaines après. Ils s’expliquèrent. Il nous dit : » Voici les ordres du chef de block, être propre, discipliné. Le matin le réveil est 6 H 30, l’appel aussitôt. Après le casse-croûte, vous ne travaillerez pas encore car vous n’êtes qu’une quarantaine. A midi, la soupe et le soi, à cinq heures, le repas. Le coucher à 8 heures. Si vous êtes pris en dehors du block à celle-ci, vous risquez de vous attirez des ennuis. Le SS arriva, il se mit à nous compter. Quand ce n’était pas bien, c’était une claque au détenu qui était devant lui. On attendait environ un quart d’heure. Quand la radio annonçait le retour c’était fini. Le même jour, on ne reçu aucune vivre. Vers dix heures, on nous amena tout le pian qui était resté dans le wagon. Il fallut se partager des miches. Cela était chose facile car nous étions une vingtaine par table. Le midi, on nous donna une soupe au rutabaga très épaisse. Nous avions un peu faim et cela nous sembla quand même bon. L’après-midi, on chercha après quelques camarades qui étaient dispersées dans d’autres blocks. J’en trouvais un qui était en cellule avec moi à Saint-Quentin. René de Compiègne un très bon copain de 21 ans qui était d’ailleurs décédé dans un autre camp des dépendances de BUKENWALD. Il était au block 50. Cela faisait déjà une semaine qu’il était arrivé. Comme j’avais trop de pain, je lui en donnais un peu. Je restais à discuter avec lui sur sa famille que j’avais vu depuis un mois et demi puis je retournais à l’appel. Quand l’appel fut fini, je mangeai ma soupe que l’on venait de servir. Puis je retournais le revoir. Il se faisait déjà tard quand je revins à mon block. Mais juste comme j’arrivais au grand cabinet, près du block 62, je fus interpellé par un LAGERCHUTZ. Il me dit en riant : « Il y a longtemps que tu devrais être rentré » et il me flanqua un coup de matraque sur le dos. Je fus vite dans notre cabinet. Ils étaient en train de faire la distribution des colis, qui étaient restés dans les wagons. Je reçus quelques nourritures et biscuits et une trentaine de cigarettes. Ce fut le coucher.. Nous étions nombreux. Ce fut une drôle d’histoire pour nous caser. Je me suis trouvé avec un facteur de Bohain et un autre de Lens. Mais il nous fut incapable de dormir, tellement il y a avait de puces. La nuit fut assez calme, le lendemain matin, ce fut l’appel. Puis le café, on nous distribua 1/3 de pain, 1 petit bâton de margarine et une rondelle de saucisson. Je retournai voir mon camarade au block 50 et lui racontait les faits de la veille. La journée fut calme. Nous étions le 31 janvier 1944. Le lendemain matin, on envoya quelques camarades à l’hôpital, qui moururent peu après. L’infirmerie était en face du grand cabinet. Il fallait attendre deux heures pour que son tour vint. Nous gelions mais la visite durait quelques minutres. Pour n’importe quel mal c’était une aspirine ou bien alors une claque sur la figure. Enfin, nous commencions à comprendre. Ceux qui étaient vraiment malades ne tardaient pas à mourir. L’après-midi on amena un tas de chaussures qui nous avaient été enlevées à la frontière. Je retrouvais quand même les miennes puis la journée se passa telle. Deux ou trois jours après mon camarade CAMUS qui était toujours resté au block 57 partit en transport pour DORA. Je fus triste. Le lendemain ce fut mon camarade de lit de BOHAIN qui partit à l’hôpital mais n’en revint pas. Vers le 5 ou le 6 février la politische Abteibung vint remplir les feuilles. Nom de famille, lieu de naissance, parents à avertir en cas de mort et relations politiques. Je déclarais : Gauliste ; La journée se passa calmement. Le lendemain, on vint pour nous photographier. Ensuite il fallut aller à l’Arbeit.satistick qui consistait à déclarer son métier. Je déclarais sans profession. Au bout d’une dizaine de jours en m’envoya travailler à la carrière. J’y suis resté trois jours. Le quatrième jour, je demandais la visite du Docteur SS. Je l’obtins. Le jour d’après, on m’appela pour passer la visite. Je déclarai au SS que j’étais faible et jeune, que je ne pouvais travailler dans ces lieux. Il me mit dans un komando de vieux et de mutilés. J’y ai travailler une semaine. Ayant trouvé une combine, je me sauvais et rentrais au block. J’étais un peu mieux qu’au froid. Ce trafic dura jusqu’au mois de Mai. Puis ensuite on nous donna une carte-lettre pour écrire à la famille, mais il me fut défendu d’écrire. Je ne savais pas pour quelle raison. La quarantaine fut finie, on me mit au bmock 14. Dans ce block, il n’y avait que des Français, des Belges, des Espagnols et une vingtaine de Russes. Dès ce jour, il fallait monter sur la grande place d’appel. Nous nous mettions en rang devant le block. La musique du camp y était déjà. Au premier coup de sifflet, nous nous mettions en marche tandis qu’à deux cent cinquante mètres plus loin, mouraient nos camarades. Nos [-------------] étaient assez bons car s’étaient des objecteurs de con science. Il y avait cinq sortes de détenu dans le camp.. Ceux avec des triangles verts, des bandits ou criminels de droit commun. Les triangles roses, les hommes sans pudeur. Une étoile ou un triangle jaune les Juifs. Et les triangles rouges, les détenus politiques. Ceux qui avaient un trait de différentes couleurs étaient considérés comme dangereux. Une fois nous sommes restés environ quatre heures debout. Au mois d’Avril, j’allais chercher tous les jours des pissenlits que je nettoyais. Je les échangeais à mes camarades qui recevaient des colis de France. Je n’vais pas le droit d’écrire. Et naturellement je ne pouvais également recevoir aucun colis. Mais, dans le commencement de la deuxième quinzaine, je fus pris dans le jardin par un Auberchapfurer. Il m’envoya porter des drags qui étaient des caisses de bois avec deux brancards de chaque côté. Ces drags pesaient environ 100 kg. Cette corvée consistait à mettre les détritus qui provenaient des cabinets, dans ces caisses. Il fallait les porter 1 km plus loin, sans s’arrêter. Mais pour moi, c’était terriblement lourd. Mais nous étions surveillés par deux SS qui étaient munis de deux nerfs de bœufs. Ce jour-là j’en reçu une très bonne ration. Je revins le soir, éreinté, fatigué. Mais le lendemain, on m’envoya à la carrière. Il fallait charger les wagonnets. Et il ne faisait pas chaud. S’il pleuvait, il fallait quand même travailler. Quand je revins, je me fis porter malade. Le même jour, je reçu quatre jours de Schonung qui signifie repos. ET la remise dans propre commande. Puis un beau jour, je fus appelé par la radio « HAFTLING 43952 as BLOCK 14 GEHT ZUM KERM MIT BLOCK AFTLING 43952 AM B BLOCK 14 GEHT ZUM TURM MIT BLOCK ALTESTER, ABER SCHMELL. Ceci voulait dire « Détenu 43952 doit venir immédiatement à la tour avec le chef de Block et au pas ». J’y partis donc. En arrivant, un SS s’y trouvait déjà. On se mit au garde à vous en enlevant sa casquette. Il prit une feuille de papier et dit «  HAREAUX André né le 22 Février 1927 ». Je répondis oui. Le chef de block partit. On m’ouvrit la grande porte et il me fit entrer au poste de garde. Environ dix minutes après on me fit rentrer dans une pièce. Deux hommes y étaient. C’était la Gestapo. Ils commencèrent par me déclarer mon nom et toutes les formalités. Un des deux me tendit un paquet de cigarettes en me disant : « Vous fumez ». L’interrogatoire commença. Ils me montrèrent une trentaine de photos. Je leur répondis que je ne les connaissais pas. Il revint sur d’autres sujets qui m’avaient déjà été demandés à SAINT-QUENTIN.

Au bout d’une heure d’interrogatoire, ils me flanquèrent une raclée.

Au bout d’une heure d’interrogatoire, ils me flanquèrent une raclée. Ils commandèrent à l’Obercharfuerer de garde de me mettre en cellule. La cellule était petite : 3 mètres et 2 mètres. Une petite fenêtre de 15 cm sur 10 cm, une planche servait comme lit, avec 2 couvertures. Le midi, je reçu une soupe aux rutabagas. J’y suis resté un peu plus d’un mois avec une soupe pour 4 jours. Quand je suis sorti, j’étais maigre comme un clou. On me mit au block 17 dans la réserve de transport. Quelques jours après, je partis pour Mauthausen, près de Linz en Autriche. J’étais avec un jeune camarade français nommé Du Rusquet. Nous étions avec une centaine de Russes. Nous étions une cinquantaine par wagons avec 4 SS. On reçut pour vivre une boule de pain, un morceau de saucisson et un petit paquet de margarine. Nous sommes partis vers deux heures de l’après-midi. Quand nous sommes arrivés à la gare de Mauthausen, des soldats nous attendaient. Nous sommes allés jusqu’au camp à pied. En traversant le village, tous les civils nous regardaient. La distance de la gare au camp était de 5 à 6 kms. Quand nous fûmes arrivés, on se mit cinq par cinq devant la porte. Puis elle s’ouvrit, on nous compta et on nous mena derrière la cuisine. On attendit une heure environ avant de passer à la douche. Quand ce fut fini on nous mena au block 13. Nous étions en chemise et en caleçon. Car les vêtements devaient aller à la désinfection. On prit encore des renseignements et l’on nous donna de nouveaux numéros. J’eus le 73943. Nous étions au Stiue 13 avec le Pepaye de check de block. Une semaine après je fus remis au block 17, avec mes camarades. Je me suis toujours débroullé pour ne pas partir en transport, ainsi que pour mon camarade. Quelques jours après, je fus désigné par le chef de block pour être ordonnance d’un pompier qui lui aussi était ordonnance et mécanicien du commandant Barkmayer. J’étais très bien mais il fallait nourrir son chien qui mordait souvent des camarades. Quand j’en eus assez au bout de quinze jours, je me suis débrouillé pour aller à la cuisine.

J’y parvins. On me mit au block 6. Le lendemain j’étais à mon travail. J’eus de bons camarades belges et français. Un nommé Martin, de Lens, Dubois de Bruxelles, Fernand Jack, Charles Gestz. Le commandant Dubois et encore d’autres camarades dont je ne peux pas mettre le nom n’ayant pas beaucoup de papier. Je ne travaillais pas beaucoup. Je ne faisais qu’organiser, c’est-à-dire voler des pommes de terre. J’en prenais une quarantaine de kg par jour, mon camarade Dubois, qui épluchait près de moi, se faisait souvent enguirlander par un allemand qu’on appelait la « grosse vache ». Il lui fallait environ une quinzaine de caisses par jour de tubercules. Son pot d’eau où il mettait les pommes épluchées était presque toujours vide et cette « grosse vache » lui demandait où il les mettait. Il faisait semblant de ne pas comprendre. Presque tous les jours, c’était la même chose. Il arrivait et disait : Chaise francoze schelle, schelle ; Ce quivoulait dire Epluche, épluche. Et mon Dubois riait mais n’értait pas partisan du gros effort. Mais pour sortir de la cuisine, ce n’était pas facile, car il y avait un policier en bas nommé Salomon et deux en haut. Pour passer, il fallait leur donner quelque chose soit cigarettes ou tabac. Mais quand je n’en avais pas, il fallait ruser. J’allais trouver mon ami Martin qui était son coiffeur et lui expliquait. Lui, il appelait son ami Salomon pour lui montrer quelque chose. Pendant ce temps-là je montais. J’avais des pommes de terre dans les deux jambes. J’allais les distribuer aux copains. Toute la journée je ne faisais que cela, du pain, de la viande, de la graisse, enfin tout ce que je pouvais prendre. A chaque fois que j’étais pris par un SS je recevais 25 coups de nerf de bœuf sur le derrière. Le capo des épluchures était un bon gars. Mais il criait toujours. Mais celui de la cuisine, quand il nous prenait on n’y coupait pas. Je fis fichu deux fois à la porte et une semaine après j’y rentrais. Une fois comme j’allais à la corvée dans la cave du ravitaillement, j’aperçus un grand seau de confiture. Avec mes mains, je remplissais mes jambes. J’en avais mis au moins deux kg. Quand la corvée fut finie, je me cachais dans un coin et avec une cuillère je raclais mes jambes et mettais tout dans une gamelle et l’on trouvait cela très bon. Tous les jours au soir, lorsque le travail était fini, je faisais à manger dans un grand seau. Quand il n’y avait pas de feu au block, j’allais faire la cuisine au four crématoire. J’ouvrais la porte du four et l’on mettait le charbon et pendant qu’on brulait les morts en vingt minutes ma popotte était finie.


Il ne me restait plus qu’à aller faire la distribution à mes camarades. Je déclare sur mon honneur que les faits suivants sont exacts. J’ai toujours agi en bon Français malgré mon jeune âge et sans l’appui de quiconque.

HAREAUX André

Témoignage

Guy Poulain, ami d’enfance d’André Haraux

“Un jour en passant dans la rue de la gare de Tergnier j’ai rencontré un bon camarade d’école, pupille de l’assistance publique placé chez une dame à Fargniers. Je ne l’avais pas vu depuis l’exode, il portait deux brocs émaillés bleus, il m’a dit qu’il allait chercher du lait pour les Allemands parce qu’il travaillait pour eux à l’hôtel Jean-Marie réquisitionné par eux et qu’il était très bien. Je ne l’ai revu qu’en mai 1945, en effet, la nuit de notre rencontre (1941) il a été arrêté dans la cave de l’hôtel qu’il avait miné prêt à sauter. Après la guerre il a fait carrière dans la marine marchande, naviguant de part le monde.(J’ai toujours ses cartes postales). Il a terminé sa carrière comme commandant d’un remorqueur de haute mer au Havre. Il a été déporté deux fois et son comportement pendant la guerre comme résistant lui a valu les plus hautes distinctions françaises et anglaises. Il connaissait très bien la famille royale d’Angleterre où il était invité”.

“Condensé de ma vie pendant la guerre 1939/1945”
Guy Poulain – Mars 2001